Décolonisations : du sang et des larmes

Le 6 octobre dernier, France 2 diffusait le documentaire “Décolonisations : du sang et des larmes”, réalisé par David Korn-Brzoza, co-écrit avec Pascal Blanchard. Baya et Wafâa l’ont regardé, et partagent avec nous leurs ressentis. C’est la recommandation de la semaine de Récits d’Algérie. 

 

Une re-contextualisation nécessaire

L’histoire coloniale est indispensable pour comprendre la France du XXIe siècle. L’approche temporelle et notamment la mise en œuvre d’un continuum entre périodes coloniale et postcoloniale est inéluctable. Si le passé colonial rejaillit dans notre présent, plus de cinquante ans après les mouvements de libération face à l’impérialisme français, il faut peut-être admettre que cette résurgence est une nécessité aussi bien sur le plan historique mémoriel que sur le plan social. Aujourd’hui nous sommes face à deux approches de cette histoire : celle qui entend faire valoir les « bienfaits de la colonisation », amie du mutisme, et celle qui revient sur les sombres heures, extrêmement violentes, de la colonisation, pour en comprendre ses prolongements contemporains. De la première découle la loi du 23 février 2005 ou l’on peut lire, article 4 : « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer ».

Le colonialisme, qui traduit la volonté des nations européennes d’établir leur domination politique économique et culturelle sur le reste du monde, s’appuie sur la racialisation des identités. La France a peint sa toile de fond historique en labourant cruellement les pays colonisés et leur société, en y établissant les règles féroces d’un îlot capitaliste et en y installant la discrimination raciste comme norme des rapports humains. Et voilà qu’à présent, le documentaire en deux parties de Pascal Blanchard et David Korn-Brzoza, « Décolonisations, du sang et des larmes » est diffusée en prime time sur France 2, une chaine du service public français. Une partie de l’histoire de la France et de plusieurs anciennes colonies françaises, est retracée à travers deux films diffusés par le groupe de chaîne télévisées, France télévision. L’occasion d’en apprendre plus sur ce passé à travers des images d’archives mises en couleur.

 

L’accent sur le processus de décolonisation

Si l’on a, à de nombreuses reprises, entendu parler de colonisation, le terme de « décolonisation » est quant à lui moins commun. C’est ainsi que ce documentaire met l’accent sur cette partie de l’histoire, quelque peu mise sous le tapis, où des peuples tentent de se défaire de l’Empire colonial français. Un processus qui, comme l’évoque le titre du documentaire, a fait couler du sang et des larmes. De façon chronologiques, le documentaire retrace les différents évènements qui illustrent les moyens déployés par la France, dans l’objectif de garder la maîtrise de son Empire colonial.

La force de ce film documentaire réside d’abord dans l’utilisation d’incroyables images d’archives, mais aussi dans les témoignages de femmes et hommes, d’enfants et petits-enfants de victimes, de civils, de combattants… Tous impactés, directement ou indirectement par l’histoire coloniale et décoloniale qu’ils ont décidés de nous raconter. Il s’agit d’une histoire qui a marquée trois générations, cependant, le temps semble effacer ces évènements. Des documentaires comme celui-ci permettent de comprendre l’importance des mémoires quelles qu’elles soient. Les générations s’éteignent, entrainant avec elles des récits uniques. L’inscription de la mémoire d’individus ou de groupes d’individus dans la mémoire collective, est l’aboutissement de luttes entre des institutions et des acteurs antagonistes. Ces éléments sont essentiels pour combler le vide mémoriel de ce passé commun, et palier une vision très parcellaire du conflit.

 

Les récits d’une histoire mise sous tapis.

Une phrase marquante est prononcée dans ce documentaire : « On n’écrit pas l’histoire avec une gomme ». Ces paroles font échos à l’idée qu’une partie de l’histoire de France est trop longtemps restée tabou. On a souvent gommé la violence du système colonial. Si les programmes scolaires d’histoires sont vastes, certains évènements, notamment liés à la colonisation et décolonisation ne sont encore que très peu étudiés. En ce sens, un tel documentaire qui avant tout, comte l’histoire à travers les récits de personnes vivantes, permet de créer un certain lien avec le public, et notamment une nouvelle génération détachée. Il permet de réaliser à quel point les français ont cru en ce système colonial et à quel point ils en étaient fiers. Il permet aussi de réaliser le rôle central de la propagande au sein de cette démarche.

 

La diversité des récits

Finalement la mise à disposition de telles images et témoignages permet de réaliser qu’il s’agit d’une histoire collective, commune, que chacun peut tenter de comprendre et s’approprier, mais qu’elle reste aussi, pour des personnes, des récits personnels. Le côté personnel des récits se retrouve dans la diversité des témoignages. Du côté français, il ne pouvait pas en être autrement. L’existence de l’empire et des colonies étaient presque naturelle de par la puissance impérialiste Française : « De la même manière que la seine traverse Paris, la méditerranée traverse la France », peut-on écouter dans ce documentaire. C’est pourquoi des récits divers, d’Algériens, de Vietnamien, Malgache etc… mets finalement le spectateur et la France, face à la violence et la répression commise.

Enfin ce documentaire a permis de montrer les rapports de dominations encore existants entre la France sur ses anciennes colonies. Cela se manifeste par exemple par la mains mise sur les matières premières, les accords économiques d’intérêt unilatéraux (accords d’Evian) et la mise en place du Franc CFA.

 

Notre ressenti :

Dans les configurations mémorielles, la guerre d’Algérie occupe une place certes centrale vis-à-vis de l’histoire coloniale française, elle ne peut néanmoins pas résumer à elle seule plus de deux siècles de colonisation. La situation propre à chaque colonie a laissé des traces à élucider. Algérie, Madagascar, Vietnam, Maroc, Tunisie, Sénégal, Guinée Française, la Guadeloupe, l’île de la Réunion, le Cameroun, ont ensemble façonné des mouvements de libération des peuples colonisés.

Cette initiative, pour nous, a une importance. La démarche de Récits d’Algérie est semblable. Il s’agit de raconter l’histoire à travers des récits de personnes concernées de prêt ou de loin par la guerre d’Algérie, ayant servie le mouvement de décolonisation. Un tel documentaire est nécessaire, ne serait-ce que pour les récits qu’il a à nous offrir, aussi bien d’un coté de que de l’autre.

S’il est vrai que ce documentaire a très certainement ouvert une brèche, il reste par ailleurs énormément de travail à réaliser pour couvrir l’ensemble de cette histoire coloniale, qui rappelons le, a longtemps été enlisée. Il est selon nous, particulièrement riche et vaut le visionnage. 

Exceptionnellement, ce documentaire est disponible jusqu’au 5 décembre 2020 sur le site de France télévision, ici.

 

Par Baya et Wafâa