La recommandation : Quand l’histoire fait dates : 17 octobre 1961, un massacre colonial

En octobre dernier, nous commémorions les massacres du 17 octobre 1961 avec cet article écrit par Iliès. Aujourd’hui, Mélissa conseille un documentaire à ce sujet. C’est notre recommandation de la semaine.

 

« Quand l’histoire fait dates : 17 octobre 1961, un massacre colonial ». Alors que le documentaire déroule le générique de fin, un souvenir me revient.

« Tu sais ma fille, la France noyait des algériens à une époque ! » me racontait mon oncle, pendant une balade. J’étais jeune, âgée de 10 ans peut-être, et c’est là mon premier souvenir du récit du 17 octobre 1961. Depuis ce jour, je n’ai plus jamais vu la Seine de la même manière. Son eau n’a plus jamais eu la même couleur. Aujourd’hui, c’est Paris tout entière que je regarde d’un autre œil. Car le 17 octobre c’est la Seine, mais c’est aussi les Champs Elysées, Concorde, le Grand Rex. En réalité, c’est véritablement tout Paris que s’appropriaient les 20 à 30 milles algériens qui ont marché ce jour-là contre le couvre-feu discriminatoire qui leur était imposé. La reconquête d’espaces qui leur était interdits, voilà une des choses qui m’a le plus marquée dans les images du documentaire d’Arte « 17 octobre 1961, un massacre colonial ».

Ce documentaire retrace avec un œil d’historien les évènements, et nous emmène non seulement à travers l’histoire, mais aussi à travers l’oubli de ce massacre. En effet, du concert organisé au Palais des Sports dans lequel à peine deux jours avant 12 000 algériens étaient raflés et massacrés, jusqu’à 2019, année durant laquelle fut posée l’unique stèle en hommage au massacre où ne figure ni dénomination, ni nombre de morts, ni lieu, ni noms de défunts : le documentaire retrace l’évolution des mémoires.

Les historiens qui s’expriment dans le documentaire ont également pour volonté de mettre des mots honnêtes sur les violences commises et des images si elles existent, jusque dans le titre où l’on évoque le 17 octobre comme un « massacre ». Cela contraste abruptement avec le discours officiel qui parle lui d’« évènements », alors qu’il s’agit de la plus violente répression d’État dans toute l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale [1].

Le récit est illustré par des images d’archives, ce qui nous permet d’associer des corps à cette violence. On pose ainsi des visages sur les « Travailleurs Musulmans d’Algérie », mis au ban de la société dans les bidonvilles de Nanterre ou Aubervilliers, et qui se sont rendus visibles de manière pacifique mais puissante.

C’est un documentaire court mais complet, qui se veut avoir la démarche la plus scientifique possible, que je conseille fortement de regarder.

Par Mélissa B

 

[1] « Il s’agit d’un événement d’une gravité exceptionnelle, dont le nombre de morts a fait dire à deux historiens britanniques [Jim House et Neil MacMaster, Les Algériens, la République et la terreur d’Etat, Tallandier, 2008] qu’il s’agit de la répression d’Etat la plus violente qu’ait jamais provoquée une manifestation de rue en Europe occidentale dans l’histoire contemporaine. », Le Monde.

Le documentaire est disponible en replay sur Arte jusqu’au 16/12/2020, ici

 

 

 

 

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