Bleu Blanc Vert

Écrivaine algérienne contemporaine, Maïssa Bey est une auteure d’une riche bibliographie qui lui a valu le Prix des Libraires Algériens en 2005. Née en 1950, elle est témoin des transformations majeures qui traversent le pays depuis son enfance, et cela transparaît dans ses écrits. Les thèmes qu’elle aborde tournent principalement autour de l’histoire, de la mémoire, de la famille et de la condition féminine. Bleu Blanc Vert traite celui de l’indépendance. C’est la recommandation de la semaine, par Mayssa.

 

1. Les voix

Le roman s’articule autour de monologues intérieurs, qui se répondent d’un chapitre à l’autre, « Lui », puis « Elle » à tour de rôle. Ainsi, il n’y a pas de dialogue à proprement parler, mais un récit qui avance au rythme des pensées de chaque personnage : les voix se parlent mais ne se croisent pas. Le roman se déroule précisément de 1962 à 1992 : de l’Indépendance au début de la décennie noire. Nous suivons les personnages de leur adolescence à leur vie d’adulte, leur évolution étant concomitante à celle de l’Algérie, qui connaît des changements profonds durant cette période. De fait, la rédaction suit la progression des personnages : de voix enfantines dans les premiers chapitres, nous passons à des discours plus matures en avançant dans la lecture. 

 

2. Deux enfants au lendemain de l’Indépendance

 

Ali et Lilas sont collégiens à l’heure de la rentrée scolaire de 1962, leur première rentrée dans une école enfin algérienne, après avoir fréquenté l’école française. Pour l’occasion, leur professeur d’histoire déclare qu’il leur est interdit d’écrire au stylo rouge : comme en témoigne le jeune Ali « Il nous a dit que, si on écrivait avec un stylo bleu sur la feuille blanche et qu’on soulignait en rouge, ça ferait bleu blanc rouge. Les couleurs de la France. Celles du drapeau français. Il a dit qu’on était libres maintenant. Libres depuis 4 mois. ». Cette introduction n’est qu’une métaphore pour illustrer la transformation de l’Algérie colonisée en Algérie enfin libre et souveraine. Pour autant, la France aura laissé des traces indélébiles pour ces jeunes adolescents : des appartements haussmanniens où ils vivent, mais surtout des souvenirs douloureux, des humiliations, des absences. Le départ du père d’Ali au maquis modifiera profondément la structure familiale, et celui du père de Lilas sera définitif, ce dernier tombant en martyr pendant la guerre.  Ils se remémorent leur vie d’avant la libération, leurs peurs et leurs douleurs et les conséquences de celles-ci dans leur nouvelle vie. Ils doivent ainsi faire face à de nouveaux défis, en premier lieu celui de la construction de l’Algérie libre et indépendante.

 

3. Des adultes artisans d’une nouvelle Algérie

 

En grandissant, Ali et Lilas passent de spectateurs passifs de l’histoire de leurs pays à acteurs, et parfois même militants. Leur maturité évoluant au fil du roman, ils parviennent à déconstruire certains mythes, et à percevoir la nécessité de nouveaux combats. De fait, le travail révolutionnaire ne s’est pas arrêté à la fin de la guerre, mais doit être poursuivi avec ferveur, pour conserver les fondements de la Révolution du 1er novembre 1954. Ainsi, ce roman traduit un vif appel à la liberté.  Dans ce contexte historique difficile, nous comprenons pourquoi une importante place est accordée au rêve : Lilas rêve d’une nouvelle Algérie pour enfin jouir pleinement de ses droits d’Algérienne. 

En somme, Maïssa Bey rédige un très beau roman, intelligemment écrit et très émouvant.

Par Mayssa

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